“Soixante choses impossibles à faire avant le déjeuner” de Harriet Russel

“Soixante choses impossibles à faire avant le déjeuner” de Harriet Russel

Soixante choses impossibles à faire avant le déjeuner

Harriet Russel

Editions ( Les grandes personnes )

Faire du jus d’orange avec une pierre

Trouver la couleur d’un murmure, la fin d’un nombre infini ou le milieu de nulle part.

Déterminer qui de l’oeuf ou la poule…

Soixante choses impossibles mais aussi fantaisistes, poétiques, intrigantes, humoristiques. Certaines qu’il suffit de regarder pour sourire, d’autres qui méritent réflexion : un bonhomme de neige qui ne fondra jamais renvoie au célèbre: Ceci n’est pas une pipe.  Une même couleur peut pourtant être différente suivant le fond sur lequel elle se détache. Arrêter ou remonter le temps est possible… sur le papier.

Harriet Russel nous offre là une source presque inépuisable d’échanges avec un enfant, chaque question en soulevant de nombreuses autres. Les illustrations faussement naïves accompagnent avec légèreté et humour les questions souvent vertigineuses de cet album souple au papier velouté. Bel objet et bien belle idée !

Marie H.

“Camille aime pas danser” de Marie-Sophie Vermot

“Camille aime pas danser” de Marie-Sophie Vermot

Camille aime pas danser

Marie-Sophie Vermot

Editions Thierry Magnier

“L’avortement est un crime pour des tas de gens, pour ceux qui pensent noir ou blanc. Pour ceux qui croient savoir… “

Une famille monoparentale, une mère et ses deux filles, aussi dissemblables que possible. Camille, la narratrice, est le vilain petit canard. Abrupte, médiocre, atypique, elle déçoit les attentes de sa mère et déconcerte son entourage. Camille n’aime ni danser, ni sortir, ne cherche pas à séduire et ne ressemble en rien aux filles de son âge. « Qu’est-ce qu’on va faire de toi, Camille ? Ta sœur n’a jamais causé de soucis. Tu ne peux donc pas prendre exemple sur elle ? » Tout sourit en effet à Anastasia, brillante, populaire, aussi sérieuse que charmante, manifestement promise à un avenir prestigieux.

C’est pourtant cette fille-là qui se retrouve enceinte et hors délai d’interruption de grossesse, pour avoir voulu nier l’évidence. Cette nouvelle bouleverse l’équilibre famial. Camille assiste à l’effondrement de sa mère, qui ne supporte pas de voir son fantasme de perfection voler en éclat, tandis que son père lui annonce la prochaine naissance d’un enfant avec sa nouvelle compagne. Anastasia se retrouve donc livrée à elle-même, face à une terrible décision à prendre. Pour la première fois de sa vie, elle se confronte à la désapprobation, la honte et la peur, peur des conséquences de sa décision, des démarches à accomplir, de l’intervention, du regard des autres. Mais elle découvre également un réseau de solidarité, des femmes qui la soutiennent hors tout jugement, et une sœur prête à l’accompagner jusqu’au bout.

Si la maternité, biologique autant que symbolique, est au cœur du roman, il s’agit également d’un beau récit initiatique au féminin. A travers l’épreuve que traverse sa sœur, Camille se révèle et s’ouvre au monde. Elle regarde différemment cette aînée si brillante, à l’ombre de laquelle elle s’est jusqu’alors sentie inexistante, se découvre des réserves insoupçonnées et s’accepte peu à peu telle qu’elle est : imparfaite et humaine, digne d’être regardée et aimée.

Marie H.

“Incroyable mais vrai” d’Eva Janikovszky

“Incroyable mais vrai” d’Eva Janikovszky

Incroyable mais vrai

Eva Janikovszky

Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly

Illustrations de Laszlo Réber

Editions La Joie de lire

Edition originale publiée en Hongrie en 1965

Moi aussi quand j’étais petit…

Un enfant initie patiemment sa petite sœur à la généalogie. La pauvre, elle est encore trop petite, elle a du mal à comprendre ! Mais il est difficile de croire que papa et maman sont fils et fille de. Plus difficile encore d’imaginer que ses grands-parents ont un jour été des enfants. Heureusement, il existe des photos que l’on peut sortir des tiroirs (et il a le droit, parce qu’il est grand !). Ces vieilles photos en noir et blanc ou sépia témoignent d’un autre temps et se mêlent avec bonheur aux ravissants dessins, naïfs et joyeusement colorés, de Laszlo Réber. Le visuel général repose sur ce décalage et dégage un charme désuet qui suscite la curiosité. Le texte, lui, est très intelligemment construit et la démonstration est d’une totale clarté. Le contenu et la forme, très didactiques, sont allégés par la présence de tous ces petits personnages, qui apportent à l’ensemble dynamisme et gaîté, et le sérieux du propos est compensé par de nombreuses notes humoristiques : « Quand j’était petit, moi non plus je ne savais pas qui était notre parent. En plus, les parents n’arrêtent pas de demander : Alors, tu sais qui je suis ? Et ils sont tout contents si on a la réponse, car ils adorent savoir qui ils sont »

Bientôt cinquante ans et pas une ride ! Un album irremplaçable pour expliquer les liens de parenté, bien sûr, mais aussi la notion du temps qui passe et de souvenirs, sa place dans la chronologie familiale… Et c’est au demeurant un bien joli objet dont l’illustration de couverture, un peu trop sévère, ne révèle pas assez les trésors d’humour et de fantaisie qu’il contient.. Ouvrez-le et vous en serez convaincus !

Marie H.