« Frangine » de Marion Brunet

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Marion Brunet

Editions Sarbacane – Collection Exprim’

Une rentrée de plus, une rentrée comme les autres, en tous cas pour Joachim, terminale sur les rails d’une scolarité sans problèmes. Mais s’il en est le narrateur, cette histoire n’est pas la sienne et pour sa jeune sœur, le passage au lycée est plus que brutal. Pauline passe sans transition du pays des bisounours, comme elle qualifie sa vie de famille, à un univers sans pitié où la moindre faute peut être définitive. Car là où on détaille votre jean, sa coupe, sa marque, le prix qu’il a coûté et l’endroit où on l’a acheté, « … si t’as pas les codes, t’es dans la merde. ». Or, Joachim et Pauline vivent une situation familiale hors normes : pas de papa, deux mamans. Et là où Joachim a toujours su faire respecter une différence qu’il affirme sans provocation mais avec une tranquille assurance, Pauline se heurte, dès les premiers jours, à une homophobie de bon ton qui tourne très vite au harcèlement de groupe. Même ceux qui désapprouvent préfèrent se taire, de peur d’attirer sur eux cette violence débridée. En proie à des problèmes d’adultes, parents et référents éducatifs sont malgré toute leur bienveillance aveugles à la détresse de l’adolescente qui se retrouve bientôt en réel danger, physique aussi bien que psychologique. Et le grand frère, aussi protecteur qu’il veuille se montrer, s’aperçoit bien tard à quel point l’intégrité de sa sœur est menacée.

« Au lycée, pas le choix : tu te dessines toi-même un rôle taillé dans tes modèles et si tu y crois assez fort, les autres suivront. Si tu doutes un peu trop et si ça se voit, tu vas ramer longtemps avant de te faire une place au soleil » Et c’est bien de modèle qu’il s’agit dans ce roman. De modèles dominants et terroristes, ravageurs à un âge où l’on voudrait s’inventer unique et différent sans pourtant trop braver le regard des autres. Loin de tout opportunisme sociétal en prise avec une actualité brûlante, le récit est d’une grande justesse, dans la violence des mots et des gestes mais aussi dans la chaleur rassurante d’une famille aimante. Et s’il est remarquable, c’est bien dans la description du quotidien d’une famille ordinaire : deux mamans, un frère et une sœur, confrontés aux difficultés de la vie avec une belle cohésion et, surtout, beaucoup  beaucoup d’amour, un amour lumineux et réconfortant, fait de respect et de bienveillance. Il est également un hymne à la fraternité, comme rarement dans une fiction destinée à des adolescents. Et aussi au courage et à l’intégrité, car c’est Pauline et elle seule qui trouvera la bonne attitude à affirmer face à la bêtise et la cruauté.  A conseiller sans réserve, à l’heure où l’on entend tout et n’importe quoi, y compris l’impensable, au sujet des parents de même sexe.

Marie H.

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