« La Rusalka » d’Erin Bow

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rusalkaLa Rusalka

Erin Bow

Traduit de l’anglais par Isabelle Allard

Editions Alice jeunesse – Collection Fantasy

‘’Simple Kate était simple, maigre et plate comme une planche à pain. Elle avait un œil couleur de boue et l’autre couleur de rivière’’. Mais si les habitants du village la considèrent avec autant de suspicion, c’est avant tout parce qu’elle possède le don de sculpter. Or, tout ce qui est lié aux couteaux est considéré comme magique, donc craint autant que respecté. Et Kate est encore plus douée que son père. Dotée d’un caractère énergique et d’une volonté hors du commun, de celle que doivent avoir les filles privées de beauté pour s’en sortir dans la vie, elle compte bien devenir maîtresse de la guilde des sculpteurs, rien moins. Mais après la sécheresse et la famine, voilà que la fièvre des sorcières s’abat sur la région et que son père meurt. Malgré son très jeune âge, la fillette endure privations, méfiance et solitude extrême, victime toute désignée d’une population exaspérée par les fléaux qui l’accablent. Bientôt, c’est sa vie même qui est menacée. Alors, quand un sorcier albinos lui propose un échange, Simple Kate pense n’avoir rien à perdre. Son ombre contre de quoi survivre et son vœu le plus secret, pourquoi pas ? C’est ainsi qu’elle se retrouve sur les routes, échappant à la vindicte populaire, munie d’un panier bien garni et accompagnée de son chat, désormais doté de la parole, la réalisation d’un vœu tellement secret qu’elle n’aurait jamais pu l’imaginer. Et un marché de dupe, comme elle ne va pas tarder à s’en apercevoir. Car être privée d’ombre n’est pas vu d’un très bon œil. Pas plus qu’être escortée d’un chat qui parle, d’ailleurs. Et comme le pays parait frappé d’une très puissante malédiction, Kate n’est plus en sécurité nulle part.

Dans un univers de fantaisy des plus conventionnels – société médiévale, contexte de crise et magie malfaisante – l’auteur parvient à construire une intrigue surprenante dont l’enjeu réel dépasse largement les motivations apparentes des personnages, tous solidement campés. L’héroïne principale, particulièrement atypique, est très vite attachante, tout comme son chat, auquel la parole ne confère aucun talent particulier (rien à voir avec un chat botté ou potté) mais qui gagne au fil du récit une troublante humanité. L’écriture, précise et soignée, donne une grande réalité à chaque décor, qu’il s’agisse d’une foire envahie par la foule ou la fuite silencieuse d’une barque à la lueur de la lune, et l’efficacité des scènes d’action n’en est que plus grande. Un très bon roman du genre, donc, et qui se termine de plus sans annoncer de suite, fait suffisamment rare pour être souligné.

Marie H.

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