Pour Noël, j’ai reçu : « La chèvre de Monsieur Seguin » d’Alphonse Daudet

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chèvreLa chèvre de Monsieur Seguin
 
Alphonse Daudet
 
Quand j’avais 6 ou 7 ans, non plutôt un peu moins puisque je me souviens que je ne savais pas encore lire, j’ai reçu à Noël de la part de ma mémé du Gard « La chèvre de Monsieur Seguin ». Je n’ai aucun souvenir du livre en tant que tel, je crois même qu’il n’y avait pas d’illustration, en tout cas aucune qui m’eût marquée en ce début des années 70…
 
En revanche, j’ai un très net souvenir de l’histoire que ma mère me lisait et des émotions qu’elles suscitaient en moi.
 
Tout d’abord, ma mère avait décrété qu’il fallait « y mettre le ton » : du coup, elle avait récupéré son accent provençal et n’hésitait pas à bêler quand Blanquette se plaignait que sa corde fût trop courte ou à grommeler d’une voix d’outre tombe quand Monsieur Seguin déplorait  la bougeotte de ses biquettes. 
 
En ménageant des pauses dans la lecture, maman me laissait le temps de me créer des images dans ma petite tête d’enfant impressionnable : c’est ainsi que je « voyais » la petite ferme isolée du père Seguin, ses chèvres attachées au piquet, la montagne fleurie si odorante…
Tout cela me plaisait et me faisait beaucoup rire. Je prenais fait et cause pour Blanquette, sans aucune compassion pour Monsieur Seguin, trop bétasson pour savoir garder ses chèvres !
 
Puis la lecture s’arrêtait, un bref instant, et ma mère reprenait : « Hooooooouuuuuuuu, hooooooooouuuuuuuu ». 
 
Pas besoin d’en dire plus :c’était LUI, je le savais, je le sentais, puisque Blanquette c’était moi. Et je gémissais de terreur, les mains serrées contre ma bouche, les yeux écarquillés, le souffle court.
 
Ma mère s’arrêtait, me regardait rapidement, et me demandait si je voulais la suite.
« Oui, mais… » Je n’ai jamais pu en dire plus.
 
Alors, elle reprenait son histoire et continuait sur le même ton une nouvelle version bien à elle, la seule qui fût acceptable pour mon cerveau d’enfant : ma Blanquette a moi se bat toute la nuit contre ce vilain loup, aussi vaillamment que la vieille Renaude ; et, au matin, elle réussit à lui balancer un méchant coup de corne dans le coeur et, pof, il MEURT. Bien fait pour lui. Un point c’est tout.
 
Du coup, Blanquette retourne chez Monsieur Seguin, qui est tout content de la retrouver et qui ne lui en veut même pas d’être partie sans permission.
 
Voilà, ça c’est de la chèvre courageuse.
 
Puis j’ai grandi et j’ai su lire seule… 
Mais j’ai toujours préféré les mots de ma mère, si bien choisis, si optimistes, si irréels. 
 
Et je garde un souvenir très fort de ce moment de lecture dans le salon, toutes les deux, en hiver, avec cette brave biquette si courageuse et qui me ressemblait finalement si peu…
 
Véronique Deforge
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