« Quand on s’embrasse sur la Lune » de Stephen Tunney

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Quand on s’embrasse sur la Lune

Stephen Tunney

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dorothée Zumstein

Editions Albin Michel – Collection Wiz

Hyéronymus est né porteur de la SOL, comprenez symbolanose oculaire lunoptique. En tant que tel, il fait l’objet d’une surveillance presque constante et il est soumis à une réglementation extrêmement sévère : contraint de porter des lunettes de protection sans arrêt, il lui est absolument interdit de montrer ses yeux à quiconque. Ses iris sont en effet d’une couleur impossible à concevoir, la quatrième couleur primaire qui n’existe pas et dont le cerveau humain n’est pas capable de supporter la vue. Hyéronymus, comme ses semblables, est un Cent Pour Cent Lunaire. Mais doivent-ils pour autant être considérés comme des monstres ?

Le jour où une terrienne, touriste de passage sur cette colonie désolée qu’est devenue la lune, persuade Hyéronymus de lui montrer ses yeux, il devient un dangereux criminel. La traque commence, menée par un inspecteur qui a fait de l’élimination des Cent Pour Cent Lunaires une véritable obsession.

En dehors du thème de la différence, entraînant isolement et rejet, et du moteur de la machination politique dont il faut neutraliser les effets pervers sur la population endoctrinée, aspects tous deux très maîtrisés et bien menés, la partie purement sf de l’intrigue est à la fois originale et convaincante. Décrite comme une planète poubelle, délabrée et abandonnée à la criminalité après quelques siècles seulement de colonisation, la Lune n’a rien à envier à la Terre, toutes deux ont été saccagées par des hommes inconscients et cupides. La société lunaire fait état du même pourrissement : nette rupture entre déchets et privilégiés (entendez bien sûr pauvres et riches), concrétisée dans le cas d’un adolescent par des classes distinctes regroupant les « tarés » et les « têtes ». Violence dans les rues, trafics en tous genres, déchéance des plus démunis, abus de substances toxiques et addictives, nous retrouvons dans cette vision du futur des stigmates sociaux tristement connus.

Si la fuite de Hyéronymus est déclenchée par une folie amoureuse passagère, elle lui donnera l’occasion de découvrir la profondeur de ses sentiments pour une amie d’enfance, (l’argument amoureux n’est d’ailleurs pas le plus abouti, souvent réduit à une fonction utilitaire, mais comment séduire un public adolescent sans lui parler d’amour ?), de se préoccuper du sort de ses semblables et de réfléchir à l’état de son monde. Un monde soumis à la dictature de la consommation, où la disparition du papier a entraîné celle de la littérature, supplantée par des substituts « révisés » pour accompagner un appauvrissement du langage soigneusement contrôlé. L’Histoire subit, quant à elle, des révisions d’autant plus sévères qu’il est important d’en oublier certains épisodes. L’auteur connaît ses classiques et cite habilement Orwell. Et une fois encore, on se demande : science-fiction, vraiment ?

Marie H.

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