« Boule à zéro » De Ernst et Zidrou

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Boule à zéro

Scénario de Zidrou

Dessins de Ernst

Bamboo éditions

En réalité, Boule à zéro s’appelle Zita mais comme elle n’a plus un seul cheveu sur le crane…

Et si elle ne dit pas qu’elle est une fille, personne ne s’en douterait car elle est loin de faire ses 13 ans. Son allure androgyne la préoccupe, bien sûr, d’autant qu’elle est amoureuse, mais elle a bien d’autres soucis, comme celui de se battre contre une espèce de leucémie depuis plus de neuf  longues années. Dans ce service réservé aux enfants atteints de maladies incurables ou victimes de graves accidents, la vie s’organise autour des petits événements qui permettent de tenir la peur et la douleur à distance. Et, pour Zita, l’événement du moment, c’est son prochain anniversaire avec la préparation des invitations pour Wilfrite, Supermalade, Puzzle, Made in China… Chacun de ces surnoms raconte un parcours de souffrance mais, entre autodérision et solidarité, ces enfants-là se soutiennent et constituent une famille. Heureusement d’ailleurs, car plus que la maladie, c’est l’abandon de sa mère qui constitue le vrai drame de la vie de Zita, une mère qui trouve depuis des années d’excellentes raisons de ne pouvoir venir à l’hôpital. Encore un anniversaire à fêter sans elle, à moins que…

Sensible et intelligent, cet album réussit le pari risqué de faire sourire face à des situations à priori désespérées. Loin des gags de l’Elève Ducobu, Zidrou explore  ici  un registre beaucoup plus grave et parvient à insuffler de la légèreté à ce quotidien lourd de menaces sans jamais verser dans le pathos. Décrivant avec beaucoup de tendresse l’univers de l’hôpital, les malades mais aussi le personnel soignant et les visiteurs, il mêle habilement humour et réflexions métaphysique, abordant frontalement le grand tabou de la mort . L’album commence d’ailleurs par une lettre que Zita adresse à Madame la Mort, dans laquelle elle s’interroge sur son sexe et s’excuse de ne pas l’inviter à son anniversaire. Le sujet peut effrayer mais Boule à zéro dédramatise la maladie et constitue une belle ode à la vie, l’amitié et la générosité.

Marie H.

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