« Qui a tué Michka? » d’Irène Cohen-Janca

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Qui a tué Michka ?

Irène Cohen-Janca

Editions du Rouergue – Collection Dacodac

« Qui peut m’expliquer pourquoi, depuis que nous habitons notre nouvelle maison, elle ne m’aime plus ? »

Elle, c’est la mère de Nora. Nora, qui commence son récit par cette question bouleversante.

Car depuis quelques temps, rien ne va plus dans sa vie. Tout d’abord, c’est ce déménagement dans une vraie maison, comme si l’appartement dans lequel ils ont été heureux jusqu’alors n’était pas suffisant, comme une négation de leur vie d’avant. C’est voir jeter des objets que l’on a toujours vus, comme des morceaux de soi trop usés, inutiles, encombrants. C’est sentir sa mère énervée, trop occupée pour répondre à son inquiétude grandissante. C’est l’arrivée de sa petite sœur, qui prend une place disproportionnée, empiétant sur la sienne.

Enfin, c’est la disparition de Michka, son ours fétiche, son confident, égaré dans ce fichu déménagement. Il ne s’agit pas pour elle d’une simple perte mais d’un drame, un véritable deuil. Et face à son chagrin, une mère devenue distante, indifférente et froide, comme si la Reine des neiges elle-même lui avait glacé le coeur. Sauf que c’est juste avec elle que maman est devenue comme ça.

Nora cherche des réponses et sa détresse est poignante. Elle va même jusqu’à se convaincre qu’elle n’est pas sa vraie fille, qu’elle est devenue trop laide en grandissant, que personne ne pourra plus l’aimer. Peu à peu, nous l’accompagnons dans une dépression manifeste, elle ne sourit plus, ses résultats scolaires sont en chute, elle s’efface de la vie familiale jusqu’au moment où elle décide de disparaître.

A l’origine de ce qui aurait pu devenir un drame, une indiscrétion, comme en commettent tant de parents. La lecture de mots jetés dans des moments de colère ou de révolte, sans doute aussi vite oubliés mais qui, tels des bombes à retardement, font d’autant plus de mal qu’ils sont sortis de leur contexte. Toutes les mères devraient lire ce court texte, formidable dans sa simplicité, qui en dit tant sur la force mais aussi la complexité de l’amour entre mère et fille. Pour la nécessité de respecter la vie intime de leurs enfants et accepter l’idée d’en être quelquefois détestée.

Marie H.

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