« Mon frère, ma princesse » de Catherine Zambon

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Mon frère, ma princesse

Catherine Zambon

L’école des loisirs – Collection Théâtre

J’suis pas un garçon ! J’suis pas un garçon ! J’suis un dragon ! affirme-t-il en criant.  En fait, le vrai problème d’Aylan, 5 ans, n’est pas tant de ne pas être un dragon que d’être un garçon. Il aime jouer avec les poupées de sa sœur, lui pique sa robe de fée et rêve de devenir un jour maman. Ou princesse. Sa soeur Nina a beau lui expliquer à quel point c’est nul, être princesse, attendre une éternité qu’un type vienne vous donner un baiser et se retrouver pour une autre éternité coincée entre lessives et marmites, entourée d’une marmaille hurlante en s’affamant pour rester mince, Aylan n’en démord pas : il n’aime ni le toboggan, ni le foot, ni la bagarre, ni le vélo, et il refuse de s’habiller en garçon ! Tout ça ne serait pas bien grave mais les goûts qu’il affirme dérangent. Il multiplie les bizarreries, embarrasse ses parents, est l’objet de moqueries plus ou moins blessantes et provoque même des réactions violentes chez certains garçons. Et il souffre : « Je mourirai si je peux pas porter ta robe de fée, Nina. Et mes cheveux, je mourirai aussi si on me les coupe ». Entre une mère inquiète et conformiste, un père plus compréhensif peut-être, mais absorbé par ses recherches, seule Nina voit la détresse de son petit frère. Alors, quand les brimades virent au harcèlement, Nina va devenir « comme un orage qui brûle « … Mais est-elle bien en mesure d’endiguer ce déferlement d’intolérance et de bêtise ?

Par des dialogues vifs, des mots quelquefois crus, mais aussi des images extrêmement poétiques, Catherine Zambon sait camper des personnages justes et sensibles. Nécessairement emblématiques, puisque destinés à déclencher une réflexion sur un sujet précis, ils restent nuancés, même lorsqu’ils sont construits à charge, comme celui de Ben, le garçon qui tape, qui tape et qui tape parce que  » Je suis un garçon, c’est à moi de faire la loi. Normal. Alors, je tape « . Sa revendication d’une identité masculine exacerbée révèle vite une souffrance au moins égale à celle d’Alyan et il finira par se sentir « jaune comme du pipi de chat «  en prenant conscience de la cruauté de son comportement.

Le dénouement nous réserve une jolie surprise et l’histoire d’Aylan et de Nina s’achève de façon positive. Leur entourage sait trouver l’intelligence et le courage de résoudre ponctuellement la crise. Certains retiendront la leçon et se seront ouverts à plus de compréhension et de générosité, d’autres oublieront fatalement. Mais cette courte pièce traite de façon intelligente et percutante un problème bien réel, au cœur de la construction identitaire des enfants dès le plus jeune âge. Abordable dès le cours moyen, elle est indéniablement l’outil idéal pour parler des stéréotypes sexistes, de l’intolérance et de l’exclusion. C’est également l’occasion de faire le lien avec l’excellente nouvelle de Christophe Léon: « Le refus« , dans le recueil Désobéis ! qui traite un sujet analogue à hauteur d’adolescents mais peut parfaitement être abordé par des enfants plus jeunes.

Marie H.

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