« La leçon de pêche » d’Heinrich Böll

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La leçon de pêche

Texte d’Heinrich Böll

Traduction et adaptation de Bernard Friot

Mise en image d’Emile Bravo

Editions Glénat – Collection P’titGlénat

Un pêcheur sommeille en toute quiétude dans sa barque quand un touriste, séduit par ce tableau typique, le prend en photo. Le déclic réveille le dormeur, la conversation s’engage. Lorsque le pêcheur lui montre ses prises du matin, le touriste entreprend de lui faire miroiter le brillant avenir qui s’offrirait à lui, si seulement il adoptait un rythme de travail plus soutenu. S’il sortait en mer deux à trois fois par jour, il pourrait bientôt acheter un canot à moteur, puis un deuxième, un chalutier, puis deux, ouvrir ensuite une fumerie, une conserverie, repérer les bancs de poissons en hélicoptère… Pendant que l’homme s’enflamme dans ces spéculations mirobolantes, nous voyons l’humble marin se transformer en homme important, cheveux gominés, chemise blanche, téléphone portable et nœud papillon, accueilli avec respect dans des lieux luxueux. Mais ces projections ne l’intéressent guère car ce qu’il aime dans la vie, c’est faire une sieste en plein soleil ou contempler les splendeurs de la mer. Et pour cela, nul besoin qu’on vienne lui en expliquer le mode d’emploi…

Travailler et gagner toujours plus ou profiter de la vie comme elle vient, deux conceptions de l’existence s’opposent. L’une, largement exposée sur l’ensemble du récit, inventorie les étapes de la réussite et multiplie les exemples destinés à convaincre. L’autre, résumée de façon lapidaire dans les planches finales, s’impose avec la force de l’évidence. La nouvelle D’Heinrich Böll a l’efficacité d’une fable et l’adaptation qu’en a faite Bernard Friot, avec des phrases courtes et un vocabulaire très simple, la met à la portée de très jeunes enfants. Dans une période où la compétition et la course aux résultats quantifiables, bien qu’ayant fait la preuve de ses limites, continue à faire des ravages dans le formatage scolaire, cette ode aux joies simples de la vie constitue un excellent antidote aux poisons matérialistes. Le découpage qu’a fait Emile Bravo, avec des cadrages précis et justes dans des vignettes à la belle amplitude, en renforce la lisibilité. Ses personnages sont encore plus irrésistibles que d’habitude (voir sa bibliographie et piocher les yeux fermés, rien que du bon, à commencer par son incontournable Spirou) et ses décors, dont la grande simplicité fait ressortir le moindre détail dans une remarquable harmonie de couleurs denses et lumineuses, nous emporte instantanément, jusqu’à entendre le cri des mouettes et le bruit des vagues.

Dans une production jeunesse qui tend à nous submerger de séries déclinées jusqu’à épuisement, cette modeste Leçon de pêche est une exception à ne pas rater,  une incontestable et remarquable réussite.

Marie H.

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