« Noir grand » de Sébastien Joanniez

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Noir grand

Sébastien Joanniez

Illustrations de Daniela Tieni

Ed Le Rouergue, 2012.

Le jeune narrateur est un enfant à la peau noire : «  Ici c’est la peau. Et j’ai pas la peau, pas la patte blanches. J’ai l’air d’un extra terrestre, avec mes bras noirs, mes jambes noires, mon visage noir et mes cheveux noirs. Noirs d’ailleurs, tellement noirs, ça fait la nuit partout quand j’arrive, tout le monde s’éteint. »C’est un enfant adopté, son père est blanc « Et ma mère est aveugle. Elle me voit pas, elle m’imagine. Je suis sûrement blanc pour elle, comme un ange. »

Ce petit garçon, va devoir se battre au quotidien contre le racisme, la peur de la différence, l’irrespect des autres face à sa couleur. « Parce qu’un noir qui pense, c’est un malheur qui tombe. » Mais avec quelle arme peut-on se battre lorsqu’on est un enfant ? «  Tout le monde m’appelait chocolat. Et je les appelais vanille. Alors ils m’appelaient tête de nègre et je les appelais faces de fromages. Alors ils m’appelaient Tais-toi et je les appelais pourquoi…mais en grandissant ils ont appris à dire d’autres mots, plus gros, plus gras, plus forts. Ils ont appris à se battre aussi et à tailler des flèches ; Tout à coup, le jeu faisait mal…je me suis enfermé dans ma peau, dans le noir… je ne voulais voir personne. »

Un jour, pour son anniversaire, sa mère lui offre un appareil photo. Cet objet devient pour lui un hymne à la couleur. Il peut désormais capturer le rouge, le bleu, le jaune… « Quand les rayons de la lumière se croiseront, ça fera un mélange tellement serré qu’on pourra pas séparer le jaune du rouge, le vert du bleu, le blanc du noir. On verra juste un jour qui se lèvera pour tout le monde. »

« Noir grand » est un roman empli de poésie, de tendresse et de délicatesse. Les thèmes sont sensibles mais traités avec beaucoup  de subtilité et de poésie. Et ce message de tolérance à la fin du roman : ouvrez les yeux, la couleur est partout autour de nous, elles ont le pouvoir de rendre le monde plus beau !

Les magnifiques illustrations de Daniela Tieni accompagnent admirablement le texte de Sébastien Joanniez. Elles sont tendres, douces, pleines de cette solitude, de cette tristesse ressentie par l’enfant .Elles expriment parfaitement les sentiments du jeune héros. Elles sont indissociables du texte.

Un véritable petit bijou de littérature.

Laurence P.

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