« Le parloir » d’ Eric Sanvoisin

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Le parloir

Eric Sanvoisin

Editions Gründ

18 ans à peine, accusé de meurtre et incarcéré en préventive, Yann est devenu muet. Recroquevillé, cadenassé, il refuse de répondre aux questions, celle de sa mère, de son avocat, de ses codétenus, quitte à provoquer les larmes ou les coups. Il refuse de répondre ou bien il ne peut pas, mais quelle différence ? Il s’est constitué prisonnier et pour l’appareil judiciaire, l’affaire est entendue.

De parloirs en parloirs, pourtant, c’est une autre histoire qui se dessine autour de lui. Son amour pour Déborah, maltraitée par un père alcoolique et violent, une altercation qui se solde par un geste définitif. Folie passagère ? Légitime défense ? Préméditation ? Face à ceux qui l’aiment et le poussent à parler, expliquer et se défendre, comme à ceux qui le provoquent ou l’agressent, Yann oppose un silence buté et presque suicidaire. Car Déborah, elle, l’accuse sans équivoque. On devine alors l’existence d’un terrible secret mais il faut attendre les dernières pages pour qu’il nous soit révélé. Jusqu’à ce dénouement, au fil des parloirs et des monologues de ses interlocuteurs, le mutisme de Yann exaspère l’attente tandis que la question du pourquoi s’impose en pièce maîtresse de l’énigme.

L’atmosphère de la prison est présente, ses bruits, sa pénombre, ses odeurs, et l’atonie du personnage imprègne la narration. Si certaines scènes sont d’une grande violence, c’est pourtant la lenteur qui caractérise sa descente aux enfers. Le temps s’écoule pour lui sans espoir ni raison, rythmé par les incursions de l’extérieur qui le contraignent à affronter la réalité quand il ne demande plus qu’à oublier. Remarquablement bien mené, ce roman noir repose sur une écriture économe, faite de phrases courtes et de sensations brutes. Un roman à fleur de peau, tout en empathie.

Marie H.

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