« Desolation road » de Jérôme Noirez

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Desolation road

Jérôme Noirez

Gulf stream éditeur – Collection Courants noirs

C’est un roman terriblement noir, un road-movie implacable dont on connait d’emblée l’issue fatale. Ils s’aiment, ils sont jeunes, très jeunes, et ils n’ont aucune avenir. Car ils vivent aux Etats-Unis, en plein cœur de la grande crise de 29. Peut-être, dans une autre période, auraient-ils pu être heureux malgré la pauvreté. Mais quand il n’y a plus de travail pour les humbles, les hommes se réfugient dans l’alcool, les femmes se résignent à subir leur violence et les enfants grandissent sans amour.

June va mourir et peu lui importe. On a tué son homme. A 16 ans seulement, elle est la plus jeune condamnée à mort d’Amérique. Quand le journaliste Gayle Hudson demande à la rencontrer, elle accepte de lui raconter son histoire, pour parler encore un peu de lui, David, et de leur amour passionné. Pour revivre une dernière fois les seuls moments de bonheur de sa courte vie, une fuite en avant jalonnée de vols et de meurtres, dans un enchaînement impitoyable. Et malgré la noirceur de cette échappée sauvage, il se dégage une étrange beauté à les voir s’aimer ainsi, dans un contexte aussi désespérant. Une beauté poignante que résument bien les derniers mots de ce personnage déconcertant, encore enfant dans sa naïveté et ses maladresses, adolescente ardente révoltée par l’injustice, femme impitoyable et redoutablement déterminée quand il s’agit de défendre son amour: « …Ne soyez pas triste le jour de mon exécution. Vous n’avez aucune raison de l’être. Car, moi, je ne le serai pas. A l’évidence, ma vie aura été brève mais, vous savez, il y a aussi des vies bien trop longues. Et ça, monsieur, je crois que c’est pire. Des vies trop longues et sans amour, des routes droites et sans fin… ». Servi par une écriture saisissante, rapide et visuelle, le récit de June vous emporte dans la passion du premier amour, absolu, sans concession, et vous fait partager sa volonté de vivre, dans l’urgence d’un présent toujours plus menacé. Les paysages défilent, les personnages de rencontre, broyés par la misère ou à l’affut du moindre profit, dessinent par petites touches le tableau social de ces années noires, l’atmosphère oppressante de la Grande Dépression vous saisit et vous imprègne de souvenirs durables. C’est indéniablement sombre, désespérant et définitivement beau.

Marie H.

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