« Camille aime pas danser » de Marie-Sophie Vermot

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Camille aime pas danser

Marie-Sophie Vermot

Editions Thierry Magnier

« L’avortement est un crime pour des tas de gens, pour ceux qui pensent noir ou blanc. Pour ceux qui croient savoir… « 

Une famille monoparentale, une mère et ses deux filles, aussi dissemblables que possible. Camille, la narratrice, est le vilain petit canard. Abrupte, médiocre, atypique, elle déçoit les attentes de sa mère et déconcerte son entourage. Camille n’aime ni danser, ni sortir, ne cherche pas à séduire et ne ressemble en rien aux filles de son âge. « Qu’est-ce qu’on va faire de toi, Camille ? Ta sœur n’a jamais causé de soucis. Tu ne peux donc pas prendre exemple sur elle ? » Tout sourit en effet à Anastasia, brillante, populaire, aussi sérieuse que charmante, manifestement promise à un avenir prestigieux.

C’est pourtant cette fille-là qui se retrouve enceinte et hors délai d’interruption de grossesse, pour avoir voulu nier l’évidence. Cette nouvelle bouleverse l’équilibre famial. Camille assiste à l’effondrement de sa mère, qui ne supporte pas de voir son fantasme de perfection voler en éclat, tandis que son père lui annonce la prochaine naissance d’un enfant avec sa nouvelle compagne. Anastasia se retrouve donc livrée à elle-même, face à une terrible décision à prendre. Pour la première fois de sa vie, elle se confronte à la désapprobation, la honte et la peur, peur des conséquences de sa décision, des démarches à accomplir, de l’intervention, du regard des autres. Mais elle découvre également un réseau de solidarité, des femmes qui la soutiennent hors tout jugement, et une sœur prête à l’accompagner jusqu’au bout.

Si la maternité, biologique autant que symbolique, est au cœur du roman, il s’agit également d’un beau récit initiatique au féminin. A travers l’épreuve que traverse sa sœur, Camille se révèle et s’ouvre au monde. Elle regarde différemment cette aînée si brillante, à l’ombre de laquelle elle s’est jusqu’alors sentie inexistante, se découvre des réserves insoupçonnées et s’accepte peu à peu telle qu’elle est : imparfaite et humaine, digne d’être regardée et aimée.

Marie H.

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