« Billy Brouillard » de Guillaume Bianco

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Billy Brouillard

Tome 1 : Le don de trouble vue

Tome 3 : Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël

Guillaume Bianco

Editions Soleil – Collection Métamorphose

L’étrangeté nous accueille dès le sommaire du premier tome. Les titres de poèmes, bestiaires et miscellanées renvoient tous à la page 13, puisqu’il n’y a que des pages 13. Et son encadrement pose d’emblée l’univers dans lequel nous sommes invités à entrer : moustiques menaçants et carnivores, petites filles aux orbites vides, vers géants… Bienvenu dans le monde de Billy Brouillard, qui nous déclare : « J’aime la solitude et la nuit, la pluie et la mélancolie… Mais la mort me fait peur. » . Car la mort est la grande affaire de Billy et son don de trouble vue lui permet de percevoir les mille portes ouvertes sur les ténèbres par lesquelles les êtres vivants sortent de ce monde. Et parce qu’un jour, la mort n’est plus un jeu.

Billy s’y confronte brutalement, lors de la disparition de son chat Tarzan, disparition étant un terme peu approprié puisque le corps est toujours là. C’est d’ailleurs bien ce qui lui pose problème, ce corps privé de vie, qui commence à se décomposer et sentir. Ce traumatisme se traduit par des comportements agressifs et irraisonnés, il se montre même cruel et violent avec son souffre-douleur attitré, sa petite sœur Jeanne. Son chagrin nourri d’angoisse s’exprime par la colère, comme le Max de Sendak dont il enfile le célèbre costume quand il part à la recherche de son chat pour le ramener à la vie, lorsque Billy décide d’aller à la rencontre de ses peurs. Commence alors pour lui une exploration du monde à la marge de l’au-delà, peuplé de créatures fantastiques.

Guillaume Bianco possède une plume virtuose. Il sait utiliser toutes les valeurs du noir et blanc par le jeu de fines hachures, exploite toutes les possibilités de la case, avec une nette prédilection pour les médaillons, s’amuse avec la typographie, joue des ombres chinoises. Le résultat est somptueux. Chaque album tient du livre d’art, avec un papier ivoire mat de belle qualité,  des couvertures épaisses superbement illustrées, un soin méticuleux apporté à chaque détail de la mise en page. La quête de Billy est ponctuée de pages documentaires, extraits de son Encyclopédie curieuse et bizarre de cryptologie qui livrent le résultat de ses recherches sur un bestiaire fabuleux : vampires, mortifères, coléopandres, vermicolles… ou phénomènes plus étranges encore, comme les Petites sœurs. S’intercalent également des doubles pages de la Gazette du bizarre avec ses dossiers sur le Père Noël ou les différentes superstitions, ainsi que des poèmes, tous plus ou moins morbides.

Très éloigné du registre de la bande dessinée habituellement proposé à la jeunesse, entre blagues potaches et aventures formatées, Billy Brouillard propose une exploration des terreurs de l’enfance, digne du grand répertoire classique des contes d’antan, quand on ne craignait pas encore de traumatiser les enfants et avant qu’un certain Disney ne vienne formater leur imaginaire.

Marie H.

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