« Le chant du troll » de Pierre Botero

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Le chant du trollinteressant

Pierre Bottero, illustrations de Gilles Francescano

Editions Rageot

C’est l’histoire de Léna, une petite fille peut-être transparente. Personne ne la regarde, ne l’entend ni ne lui parle, pas plus ses camarades de classe que ses parents. Des parents isolés dans leurs problèmes d’adultes, un père trop absorbé par l’écriture de son roman, une mère dépressive qui se sent abandonnée, des parents qui semblent avoir oublié qu’ils ont une fille. Murée dans une grande solitude, Léna assiste silencieusement à leurs disputes, subit passivement ses cours, reste discrète en toutes circonstances. C’est l’histoire d’une petite fille résignée.

Et puis le monde extérieur se détraque. Le ciel arbore de drôles de couleurs, d’étranges fleurs rouges poussent dans des fissures, une végétation malsaine envahit la ville tandis qu’une présence invisible guette, lourde de mauvaises intentions. Les obstacles se multiplient, Léna ne peut plus rejoindre sa maison et un petit être venu d’ailleurs lui annonce le début du basculement. Ce basculement scelle son destin, au centre du combat qui oppose les forces du Jour et dela Nuit. Elle sera aidée dans cette mission par un elfe, un sprite, et surtout par un troll qui n’attendait qu’elle pour commencer à exister.

Les fidèles de Pierre Bottero retrouveront là tout ce qui a fait le succès des Mondes d’Ewilan, univers parallèle, bestiaire fabuleux et créatures terrifiantes, mais le fond de cette histoire est beaucoup plus grave. L’entité menaçante, dont on ne découvre que tardivement la véritable nature même si les indices s’accumulent, se nomme en effet Leucémia. Si l’on ajoute qu’elle a fait de l’ancien hôpital de la ville son quartier général, on comprendra que la réalité dans ce qu’elle peut avoir de plus angoissant se mêle intimement à l’aventure.

L’introduction de cette réalité dramatique dans un récit destiné à un jeune public peut déranger. Mais tout le talent de Pierre Bottero réside dans la façon dont la création de cet univers parallèle se mêle au drame, un monde inventé par un père pour sa fille dans un dernier geste d’amour désespéré, un ailleurs merveilleux dans lequel elle rejoint un compagnon bienveillant et protecteur, figure paternelle par excellence. « La ville a disparu, remplacée par une noble et dense forêt. Deux silhouettes s’éloignent sur un chemin bordé de fleurs rouges. Main dans la main. Une petite fille et un troll. » Ces dernières lignes apaisent le malaise que l’on pourrait éprouver lorsque l’on comprend que Léna est bien morte dans le monde réel, celui des maladies incurables et des hôpitaux. Elle est désormais dans un monde idéal et pacifié qui n’appartient qu’à elle, puisque créé pour elle. Et ce troll, qui n’existe que par elle et pour l’éternité, restera la plus belle idée de son auteur.

Le livre est de plus un objet de qualité, lourd, cartonné et abondamment illustré. Ces illustrations, très descriptives et conformes aux lois du genre, séduiront sans doute le lectorat visé. Une mise en page généreuse et des cadrages variés, même si certains découpages sont assez discutables, rythment le récit avec efficacité et font au texte un bel écrin. Rageot propose aux enfants, pour le dernier roman d’un de leurs auteurs préférés, un vrai livre relié destiné à rester dans leur bibliothèque.

Marie H.

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