« Délit de fuite » de Christophe Léon

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Délit de fuite

Christophe Léon

Editions La Joie de lire – Collection Encrage

Deux adolescents, Sébastien et Loïc. Le premier, malgré ses 14 ans, est encore dans une enfance protégée. Partagé entre des parents séparés, il admire d’autant plus son père que sa mère est peu disponible, accaparée par son travail. L’autre, prématurément mûri par la mort de son père, supporte mal l’amour étouffant de sa mère. Apprenti en zone rurale, il s’ennuie, rêve d’ailleurs lointains et attend avec impatience ses 18 ans pour pouvoir s’évader.

Une nuit, ces deux vies si différentes vont se percuter brutalement. Un excès de vitesse dans un village désert, une portière qui s’ouvre au mauvais moment, et plusieurs vies basculent. La mère de Loïc, plongée dans le coma, le laisse seul face à des responsabilités d’adulte auxquelles rien ne l’a préparé. Sébastien, lui, se retrouve face à un père qu’il ne reconnaît plus, un criminel qui refuse non seulement d’assumer son geste, mais va jusqu’à détruire toute preuve pour en nier la réalité et lui refuse toute explication. Le temps passe. La mère de Loïc sort du coma mais elle a perdu la mémoire, confond le passé et le présent, ne reconnaît plus son fils. Loïc doit l’aider à redevenir elle-même, les rôles s’inversent et il s’y épuise. Sébastien, lui, porte la faute en solitaire, rongé par une culpabilité dont il ne sait que faire. Insomnies, échec scolaire, abus d’alcool, il multiplie les signaux en direction d’un père qui refuse de les voir. Et puis un jour, Sébastien décide d’affronter la réalité. Il fait des recherches, trouve le nom de la victime, appelle à son domicile.

Christophe Léon, après l’inoubliable Silence, on irradie, nous offre un récit à deux voix magistralement mené, sans temps morts malgré de longues plages d’introspection. L’écriture est nette, précise, les phrases épousent le rythme de l’action, le style caractérise chaque narrateur, les deux points de vue se répondent en se complétant, les mots sont justes et vont au cœur des émotions. Ce roman ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur les rapports ambigus entre parents et adolescents, le besoin d’admirer un modèle nécessaire, le courage qu’il faut trouver pour choisir entre responsabilité et loyauté, mais aussi aimer malgré la désillusion.

La collection Encrage se présente comme « une auberge espagnole littéraire quatre étoiles » et tient ses promesses. Après le très beau « Dragon de glace » de Mikael Engstrom, elle nous propose là, effectivement, un nouveau roman quatre étoiles.

Un entretien avec Christophe Léon permet d’approfondir cette lecture sur Lirado.

Marie H.

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