« Les mots qui tuent » de Agnès de Lestrade

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Les mots qui tuent

Agnès de Lestrade

Editions Sarbacane – Collection Mini-Romans

Mara n’a aucun souvenir heureux de son enfance. L’amour est peut-être sorti de sa vie en même temps que son père, quand il l’a abandonnée à sa mère. Une mère qui n’a jamais manifesté la moindre tendresse. Une mère qui dispose d’elle comme d’un objet, un faire valoir de son travail de couturière, modèle vivant de ses créations. Mara déteste tant cette mère qu’elle renonce même au journal qu’elle rédigeait, effrayée par la violence de ses mots. Mais derrière le barrage du silence, les mots grossissent.

Lorsqu’elle rencontre Clara, elle découvre enfin le bonheur de l’amitié. Confrontée à cette fille plus mûre, plus sûre d’elle et bien campée dans sa vie, Mara est prête à tout pour donner une autre image d’elle-même. Elle veut plaire, briller, provoquer l’intérêt. Etre aimée, reconnue, consolée de son enfance aride et désolée. Mais plutôt que de confier sa douleur faite de manques, de solitude et de frustration, elle s’invente un drame plus facile à nommer. Puis, un mensonge en appelant un autre, désigne un coupable. Trois mots seulement. Un énorme mensonge aux conséquences irréparables.

 Cette excellente collection de courtes nouvelles nous propose, une fois encore, un texte fulgurant et de qualité littéraire incontestable. Le sujet est difficile, porté par une narratrice peu sympathique dans ses actes, entre mensonge, inconséquence et lâcheté, mais poignante dans sa détresse, son abandon et sa soif d’amour. L’histoire, bouleversante de bout en bout, est impossible à lâcher tant est forte l’adhésion au personnage, même au plus condamnable de ses agissements. Car le récit est d’une grande efficacité, servi par une écriture économe, faite de phrases courtes et heurtées où le moindre mot touche juste.

Si le dénouement apaise le malaise, provoqué par l’horreur d’un implacable enchaînement de faits, cette nouvelle soulève de nombreuses questions autour des blessures narcissiques de l’adolescence, du manque d’amour et de la cruauté inconsciente qu’il peut engendrer en retour

Mara, par sa décision tardive d’assumer les conséquences de son mensonge, fait acte de courage et de responsabilité. Sa vie prend un tournant définitif mais peut se reconstruire sur des bases saines. Ce sera néanmoins avec le poids d’une faute que rien ne pourra jamais réparer. 

Marie H.

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