« Tout le monde est une idole » de Marie-Sophie Vermot

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interessantTout le monde est une idole

Marie-Sophie Vermot

Editions Thierry Magnier – Collection Roman

Comment continuer à vivre lorsqu’on est l’unique rescapé d’un massacre ?

La question est très vite posée dans ce court roman de 130 pages. Matthias, élève de seconde, est entré un après-midi dans sa salle de math. Quand il s’est réveillé à l’hôpital, sa prof et tous ses camarades avaient été abattus par un forcené.

Les images d’Elephant, le film de Gus van Sant imaginant la genèse du massacre du lycée Colombine, viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, très peu de descriptions concernent cette partie de l’histoire de Matthias car, assommé par le choc de sa chute, il n’a rien vu et n’a même pas été blessé, sauvé de cette furie meurtrière par le sang de son meilleur ami qui le recouvrait. Mais il lui semble être mort ce jour-là et devoir vivre dans la peau d’un étranger auquel tout est indifférent.

Le récit commence dans le train qui l’emmène loin, chez ses grands-parents installés en Italie, un coin de campagne paisible où, espère-t-on, il pourra se remettre du choc et se retrouver. Or, Matthias ne veut pas se retrouver, il veut au contraire effacer sa vie et s’oublier. Son entourage respecte avec bienveillance son refus de parler de « ce jour là » et il repousse d’ailleurs avec brutalité les quelques tentatives faites pour provoquer rencontres ou réflexion

Lorsqu’il apprend que sa mère a traversé dans ce même lieu, quatorze ans plus tôt, une épreuve comparable après la mort brutale de son premier amour, c’est un pan inconnu de sa vie qu’il découvre. Elle aussi a vécu le refus, la fuite, le mutisme. Mais il n’existe aucune recette universelle face à la douleur. L’adolescent sait instinctivement devoir inventer le processus qui l’amènera à accepter d’être vivant, d’envisager un avenir et d’y inclure de nouvelles personnes. Son lent cheminement, ancré dans une stratégie d’évitement, commence par une période d’immobilisme pendant laquelle il lui faut occulter toute image du passé et ne rien projeter dans le futur. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur une citation d’Elsa Triolet: Toujours et jamais, c’est aussi long l’un que l’autre. Dans les grandes douleurs, le temps prend dimension intérieure sur laquelle personne n’a de prise.

Comme son personnage, Marie-Sophie Vermot tient l’évènement déclencheur à distance pour s’attacher à son processus de reconstruction, de sa résolution à s’isoler dans un état de limbes, se protéger et figer sa vie plutôt que d’y intégrer l’inacceptable, jusqu’à l’insensible ouverture qui le ramène peu à peu au monde. Loin de tout simplisme, aucun élément salvateur ne détermine à lui seul sa décision finale. Et s’il choisit de « reprendre sa vie », c’est en toute conscience que c’est une vie avec.

Malgré une écriture facile et légère, il s’agit d’un roman intimiste au sujet difficile, destiné aux adolescents concernés, d’une façon ou d’une autre, par les situations de deuil.

Marie H.

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