« Emilie Pastèque » de Ludovic Flamant et Emmanuelle Houdart

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Emilie Pastèque

Ludovic Flamant, Illustrations d’Emmanuelle Houdart

Editions Thierry Magnier

L’album s’ouvre sur une page très aérée et méthodiquement ordonnée, celle qui expose la collection d’objets qu’Emile s’était déjà constituée lorsqu’elle avait un an.

Puis explose un joyeux capharnaüm, celui de la chambre d’Emilie maintenant qu’elle a cinq ans et dans laquelle l’accumulation foisonnante de ces objets incite l’œil à s’attarder, fouiller, chercher, détailler, répertorier… Ce fouillis n’est pas déplaisant car il existe dans cette profusion d’objets de toutes sortes une belle harmonie de verts et de rouges, dont le contraste est adouci par de grandes réserves blanches. Il est néanmoins suffisant pour en exclure tout autre qu’Emilie et pour que l’enfant s’y isole, bien à l’abri dans ses collections.

Or, un monstre a également élu domicile dans cet univers clos, un ogre d’autant plus terrifiant  qu’il souffre d’une rage de dents. Les enfants qui ont la chance d’avoir à leur disposition une bonne bibliothèque s’amuseront du clin d’œil au plus connu des albums de son auteur, ces « Monstres malades » qui lui valurent la prestigieuse récompense du Meilleur album fiction de la Foire de Bologne en 2005.

Cet ogre terrifiant, donc, à la somptueuse parure végétale et organique (ah ! les costumes d’Emmanuelle Houdart !) avale l’enfant comme il se doit, ce qui donne l’occasion à celle-ci de visiter l’intérieur  de « son » monstre et de se confronter à ses propres cauchemars.

Après un sommeil réparateur et apaisant, elle se réveille, prête à l’affronter, et sort victorieuse de ce combat pour retrouver sa chambre débarrassée de ses éléments les plus inquiétants, transformée en paisible clairière propice aux pique-niques. Elle peut maintenant y accueillir ses parents, enfin disposée à partager son espace, ce qui arrive à point nommé car la sérénité de ces retrouvailles familiales est confortée par l’image d’une mère radieuse au ventre plein de la promesse d’une nouvelle vie.

Ludovic Flamant nous offre un joli conte qui, au thème assez classique de la confrontation à ses peurs comme nécessaire étape de l’enfance, ajoute une note plus personnelle: l’isolement volontaire derrière une barrière d’objets, accumulés au fil des jours comme autant de talismans destinés à se protéger du monde extérieur. De cette profusion matérielle, privée de chaleur humaine, naît un monstre avide qui veut dévorer l’enfant. Elle sort grandie et apaisée du combat qu’elle lui livre, et peut ainsi s’ouvrir aux autres.

Emmanuelle Houdart lui prête à merveille son univers graphique si singulier. L’étrangeté se mêle à la beauté, la douceur accompagne l’inquiétude, la férocité exclut toute mièvrerie, le monde des rêves baigne dans un camaïeu de verts tendres mais les rouges explosent avec violence quand s’expriment la peur et la colère. L’opposition binaire de ces deux couleurs domine l’album et lui donne une belle unité visuelle. Les costumes comme le moindre accessoire sont richement ornés de motifs précieux, fleurs et ramages juxtaposés aux entrelacs de vaisseaux et aux ramifications, qui se marient dans la plus grande harmonie. Emmanuelle Houdart est décidément une de nos plus grandes illustratrices et chacun de ses albums nous plonge dans un véritable ravissement.

Marie H.

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