Colloque : « Y aura-t-il encore des enfants lecteurs au 21ème siècle ? Les nouvelles pratiques culturelles des enfants face au numérique. »

Par défaut

 Colloque

 

 Y aura-t-il encore des enfants lecteurs au 21ème siècle ?

Les nouvelles pratiques culturelles des enfants face au numérique

Jeudi 23 septembre 2010, la Petite Bibliothèque Ronde organisait ce colloque. J’ai assisté à cette journée dense, réussie, riche en interventions. Un pod cast de cette journée sera disponible, prochainement, sur le site des archives audiovisuelles de la recherche. En attendant, voici dans les lignes qui suivent, un résumé de la journée d’après mes prises de notes !!!

Le développement des espaces multimédia

Bruno Jammes : Directeur adjoint de la bibliothèque de la Cité des Sciences et de l’Industrie

La bibliothèque de la Cité des Sciences et de l’Industrie compte 50 postes destinés au moins de 12 ans. Sur ces 50 postes, certains sont dédiés, d’autres en accès libre. Il manque d’étude quantitative sur le type d’usage. A priori il n’y a pas de différence fondamentale entre les enfants qui sont équipés chez eux et les autres. Il n’y a pas non plus de lassitude dans les comportements communs. Néanmoins il existe une fracture numérique dans les comportements des enfants face au numérique, face à la machine et face aux usages. Cette fracture implique beaucoup de préoccupations de la part du personnel qui découle sur de la formation. Toujours accompagner l’enfant face au numérique. Dans les perspectives de la bibliothèque de la Cité des Sciences et de l’Industrie il y a le début du prêt du livre électronique, mais aussi le prêt de jeux vidéo (serious games), mais également le développement de la production de documents électroniques mise à disposition sur le web. C’est la bibliothèque à distance car une quantité de lecteurs fréquentent le web sans forcément fréquenter physiquement la bibliothèque.

Axelle Desaint : responsable des ateliers et des formations sur les nouvelles technologies jeunesse pour le grand public et les professionnels au sein de l’association Territoire 21.

L’animation des espaces multimédia dans les bibliothèques pose un problème de légitimité. Légitimité sur le fond, légitimité des personnels et légitimité du regard des usagers. Facebook, les blogs, Twitter entraînent le véto des municipalités. Le personnel des bibliothèques ne se sent pas concerné, pas compétent, a besoin d’aides et de répères. Pour les usagers (jeunes et adoslescents), les bibliothécaires n’ont pas de légitimité car les jeunes usagers ont une image poussièreuse  de notre profession. Axelle Dessaint tente une amorce de réponse. Gagner en légitimité. Renforcer le rôle de notre mission. Que propose-t-on aux enfants, aux jeunes comme portail numérique dans les bibliothèques ? Peu de structures en France propose un portail numérique dédié à la jeunesse : Noisy le SecToulouse et Saint-Raphaël. L’expérience de la bibliothèque de Toulouse est un exemple à part. Création d’un My space, d’un Twitter, d’un Facebook, d’un blog à destination des adolescents : blog à part.

Les enfants, les jeux vidéo et Internet

Yann Leroux : Psychanalyste, membre de l’observatoire des mondes numériques en sciences humaines, auteur du blog Psy et Geek sur la dynamique des relations en ligne.

Yann Leroux se présente comme un digiborigène. Les paysages numériques ont été construit par « Tennis for 2 » un jeu des années 50, « Space war » de Steeve Russel et « Advent Crawford » précurseur des jeux en ligne, style Dofus, (MMORPG). Dans les années 80 le vocabulaire se fixe.

Jeux de palteforme, jeux de tirs, jeux de stratégie, jeux de combats, jeux de gestion et MMORPG ( Massivly Multiplayer Online Role-Playing Game).

Le jeu vidéo est en constante évolution, il est sorti des salles d’arcanes pour investir les salons puis il s’est miniaturisé. Aujourd’hui il est en hybridation avec les réseaux sociaux. Le jeu vidéo puise dans un imaginaire, le même que celui décrit par Vladimir Propp !!

Le jeu vidéo permet de freiner son agressivité, de maîtriser son angoisse, d’accroître son expérience et d’établir des contacts sociaux. L’agressivité est présente dans la plupart des jeux vidéo mais la sauvegarde permet de revenir en arrière. L’environnement du jeux s’apparente à la mère protectrice. L’angoisse c’est le côté répétitif qui maintient la pensée dans un cadre étroit. Accroître son expérience dans un jeu sur la guerre permet d’être au contact avec un élément charnière de l’Histoire. A partir de cet évènement l’enfant peut être dirigé vers des blogs, des films et des livres traitant du même sujet. Etablir des contacts sociaux comme quand les enfants jouaient « au loup » dans la cour de récréation. Aujourd’hui c’est la communauté des gamers. Dans les MMORPG, le jeu permet l’intégration de la personnalité, il met en lien la réalité interne et externe, il permet de vivre et revivre ce qui n’a pas été vécu et il permet de vivre et de revivre ce qui a été vécu par un membre de la famille. en conclusion Yann Leroux nous demande de nous laisser aller dans les matières de l’immersion, de ne pas les contrôler, de ne pas les regarder par dessus. retrouvez sur son blog, chers collègues, ses 20 conseils aux bibliothèques et bibliothécaires.

Karen Bertrams : consultante pour ProBiblio, société de conseil néerlandaise spécialisée dans les bibliothèques. Elle a participé à l’élaboration de la bibliothèque aux 100 talents. Dans la Bibliothèque aux 100 talents les enfants sont les bibliothécaires. La bibliothèque du futur est d’abord un processus pour permettre aux enfants d’utiliser l’information, de créer de nouveaux environnements et de partager cela avec d’autres enfants. Cela nécessite un autre type de bâtiment, un bâtiment qui rende possible la structuration et le partage d’information selon de nouvelles modalités.

Ils jouent dans la bibliothèque avec une société commerciale. 500 enfants participent aux rencontres de compétition de danse de « Guitar Heroe » etc. Ils jouent à la Wii, à la Playstation etc. Les effets sociaux sont positifs. Pour aider le personnel et encadrer les enfants il y a un groupe qui se nomme : « les bêtes de jeux ». Ce groupe est composé uniquement d’enfants qui aident durant les périodes de jeux. développement de l’aspect intergénérationnel avec des temps de rencontres avec enfants, parents et grand-parents. Retrouver toutes ces rencontres sur le site de Bieb Gaming .

Les livres pour enfants à l’heure du numérique

Olivier Douzou

Fervent défenseur du livre de jeunesse, Olivier Douzou, (absent excusé pour cause de grêve SNCF) s’est exprimé par la voix de Philippe-Jean Catinchi, le modérateur de la journée.

Dans le numérique la lumière vient de l’arrière, par opposition au livre et au cinéma où la lumière vient de l’avant. La lecture d’un livre donne un éclairage et une ouverture qui aide à se construire. Pour défendre le livre il cite William Barnes: « Entre le pouce et l’index de la main droite il y a tout ce qui nous sépare de la fin ».

Françoise Juhel : Déléguée à la diffusion culturelle à la BNF, service des éditions multimédias.

La BNF a créé la Bibliothèque numérique des enfants pour que l’enfant construise seul son rapport aux livres. Cette bibliothèque numérique est à destination des enfants sans leurs parents. Il peut construire son parcours de jeux et décider de le mettre en ligne ou non.

Dominique Korach : Directrice générale de Nathan jeunesse et des jeux Nathan

Nathan s’est donné 2 voies de développement pour la créativité, les tablettes numériques et la réalité augmentée. Pour les tablettes numériques, Nathan pense que le rétroéclairage va inspiré les créateurs. La réalité augmentée c’est le procédé qui permet de marier l’image virtuelle et l’image réelle. La dimension numérique en plus du livre. Exemple avec la collection « Dokéo comprendre comment ça marche« , le premier livre de réalité augmentée.

Arnaud Vincenti et René Denis : Marlo Productions, société de production de solutions numériques interactives pour les médias.

La technologie développée par Marlo Productions pourrait s’ouvrir sur le livre de jeunesse. Il est nécessaire de créer du contenu avec les fonctionalités de l’outils. Deux exemples :

le livre de Catharina Valckx « Coco Panache » édition Ecole des Loisirs, mis en scène sur un écran tactile, avec un raconteur dans les locaux de la Petite Bibliothèque Ronde. L’application de « Alice aux pays des merveilles » sur l’I Pad.

La littérature pour enfants a-elle encore un rôle à jouer ?

Geneviève Patte : fondatrice de la joie par les livres et présidente d’honneur de la Petite Bibliothèque Ronde.

L’important dans une bibliothèque c’est le lien. Chaque lien est associé à une reconnaissance de la personne. Dès les années 20 le bibliothécaire essaie de saisir dans la personne de l’enfant ce qui fait sa richesse dans la découverte d’un document. L’espace de la bibliothèque doit être un espace convivial, il faut centrer l’action sur l’intérêt de l’enfant. Un exemple : un conteur se déplace dans la bibliothèque pour raconter à l’enfant une histoire et à lui seul, c’est un privilège. Un privilège différent de celui d’être devant une machine. Il faut que le bibliothécaire découvre l’intérêt de l’enfant pour aller plus loin avec lui, pour faire le lien. L’enfant pose une question et l’on va ouvrir avec lui un réseau d’autres questions. Il faut être disponible, à l’écoute et cette action replace le débat sur le rôle du bibliothécaire. Il doit être debout, au milieu des enfants….

Lina Maria Pulgarin Mejia : bibliothécaire au département de la lecture de Comfenalco Antioquia à Medellin en Colombie

El Comfenalco c’est 7 bibliothèques à Medellin. Dans ce pays il y a une très forte culture de l’oralité, la bibliothèque est faite dans son intégralité pour aller à la rencontre de l’être humain. Le public est très différent de celui que l’on peut rencontrer ici : des enfants de la rue, des jeunes filles prostituées, une énorme population rurale et une population des bidonvilles. L’équipe est pluridisciplinaire, psychologue, anthropologue, bibliothécaire etc. L’action est très souvent délocalisée à l’extérieur de la strucutre. Délocalisée vers la rue, dans la rue pour privilégier le travail et le contact avec les enfants. Il y a des « biblioburros », des ânes chargés de sacs de livres pour acceder dans les lieux les plus reculés.

Cette recherche de proximité n’écarte pas la technologie numérique. cela nécessite un savant dosage entre le livre et les nouvelles technologies. Pour cela El Comfenalco organise tous les ans Bibliocirco. Chaque année un auteur et/ou un personnage est mis à l’honneur (en 2010, Lewis Carroll et Alice au pays des merveilles). Bibliocirco est une manifestation thématique de 30 jours, 10 heures d’ouverture journalière, 7000 personnes. C’est le grand évènement familial de promotion de la lecture publique.

Bibliocirco es la fiesta del libro y de la cultura en Medellin.

La place de la bibliothèque sur le territoire

table ronde animée par tony Di Mascio : bibliothécaire jeunesse à la Médiathèque Louis Aragon de Bagneux, formateur en littérature de jeunesse.

« Les parents préparent très bien leurs enfants à l’époque que l’on vient de quitter »

Franck Queyraud : responsable du département formation et multimédia à la Médiathèque de Saint-Raphaël. Coodinateur du groupe ABF bibliothèque hybrides. Co-auteur d’Outils web 2.0 en bibliothèque.

Il voit la bibliothèque comme un pulsar. L’enquête réalisée sur les 6-14 ans et leur usages en médiathèque correspondait, plus ou moins, à la réalité de la médiathèque de Saint-Raphaël. Partant de ce constat, il développe avec son équipe une stratégie envers le public ciblé. Création d’une zone numérique jeunesse, d’un blog à destination des enfants avec un langage qui leur parle et qu’ils comprennent. Mise en place d’une animation en ligne avec d’autres médiathèques : le jeu Dofus. Dans la diversité de l’offre au grand public, la bibliothèque doit devenir émétrice de contenu et doit améliorer sa communication.

Violaine Kanmacher : responsable du département de littérature jeunesse de la Bibliothèque Municipale de Lyon.

Un constat, la BML a comme réputation d’avoir mis en place un espace numérique important (ex : Les guichets du savoir), mais rien à destination de la jeunesse. L’évolution de la BML est constante, plus de 40% d’inscrits en plus depuis 8 ans. L’équipe travaille sur la notion de lien car l’avenir de la bibliothèque est sur le lien, l’accueil et la personne. Plusieurs expériences innovantes à destination des collégiens. Exemple du passage du roman au numérique avec « Mon amour Kalachnikov » de Sylvie Deshors aux éditions du Rouergue. Les ados du club de lecture ont tourné un clip vidéo de ce roman.

Henriette Nikiema : Ancienne directrice de la diffusion à la Bibliothèque Nationale du Burkina-Faso et coordinatrice du réseau de lecture publique, elle travaille actuellement au secrétariat général du ministère de la Culture.

Au Burkina-Faso le problème du numérique se pose en terme d’électricité. Sur les 50 bibliothèques publiques (CERPAC), 20 ne sont pas alimentées en électricité ! Sur les 30 restantes il faut compter avec le climat (températures élevées, vent violent, sable etc.), la formation du personnel, l’espace restreint. Au début les jeunes avaient un usage académique du numérique, puis cet usage s’est de plus en plus tourné vers le ludique.

A la fin de la table ronde, Tony Di Mascio replace le débat sur les missions du bibliothécaire. Les participants sont d’accords sur le fait que la bibliothèque doit être un lieu de vie, de rencontres.  Il faut baser les bibliothèques sur les usages et décloisonner les secteurs ou départements. Le travail de médiation pour le livre et pour le numérique est la problématique du métier.

Imaginer le centre culturel pour enfants de demain

Modérateur, Thomas Chaimbault : responsable de la bibliothèque numérique de l’ENSSIB, auteur du blog Vagabondages.

Serge Dogliani : inventeur et directeur général des Idea Store, un concept innovant de bibliothèques implantées dans la banlieue de londres.

Idea Store c’est une marque de bibliothèque. Le principe paraît surprenant, il est innovant. Enlever les barrières psychologiques, la bibliothèque est un lieu différent de l’école, différent d’un autre lieu public. Il faut que ce lieu soit convivial et attractif. pour cela le traiter comme un concept. Exemple, placer le bureau de renseignement au fond de la structure pour obliger le lecteur à passer dans tous les rayons, le placer à côter du bar pour accentuer le côter convivial. Pourquoi ne pas interdire de boire, de manger dans la bibliothèque ? Si vous faites confiance au lecteur, en lui accordant d’emprunter des livres, des disques etc. Vous n’êtes pas derrière chaque lecteur, chez lui il peut boire et lire, manger et regarder un DVD etc. Idea Store un concept.

Jannick Mulvald : consultant informatique, concepteur, entre autres, de la Children’s Interactive Library à Aarhus au Danemark.

La ville d’Aarhus au Danemark a un projet de construction d’une bibliothèque de 30000 m2, dont 3000 m2 pour les enfants. Ce projet de grande envergure ne va-t-il pas à l’encontre de la convivialité et du lien dont les intervenants parlaient précedemment !

Isabelle Simon-Gilbert : responsable des publics et de l’action éducative au Cube à Issy-les-Moulineaux.

Le Cube propose une médiation innovante. Lieu de création numérique, le Cube expérimente depuis 10 ans de nouveaux usages. Le Cube propose :

Expérimenter l’art numérique, échanger sur la société numérique, pratiquer les outils multimédia, découvrir la création numérique, créer de nouvelles formes d’expression.

Les jeunes sont actifs dans la démarche à travers les différentes activités qui leurs sont proposées. Club multimédia, activités pendant les vacances, évènement familial, fêtes pour les enfants, générations connectés et visite de classes.

Discours de clôture

Alberto Manguel : écrivain, traducteur, éditeur d’origine argentine et résidant en France. Il est l’auteur de nombreux essais sur la lecture dont la Bibliothèque, la Nuit et Une histoire de la lecture.

Alberto Manguel conclu la journée du colloque en commençant par le verbe LIRE. Lire est une activité qui change et que l’on appelle par le même mot. Lire l’annuaire, lire Flaubert, lire une recette de cuisine, lire une poésie de Verlaine. Nous plions sous des intêrets économiques, politiques, financiers. La bibliothèque est un centre de mémoire et nous formons un groupe humain pour conserver cette mémoire. Nous devons apprendre aux jeunes l’instrument pour avoir accès à cette mémoire. Leur apprendre à questionner ce qu’on leur dit. Nous devons apprendre aux jeunes le métier de lecteurs. Cela se fait dans un contexte de confusion la plus totale. Il y a confusion entre lecture et lecture, livre et livre. Le livre ce n’est pas l’objet de consomation distribué dans les grandes surfaces. Ces livres ne sont que surface, ils n’ont pas de volumes. Nous devons donner du pouvoir aux usagers. Le pouvoir des usagers c’est d’avoir confiance en eux même, c’est leur dire que la grande littérature est à leur hauteur. Les enfants sont très intelligents, ils ont simplement un vocabulaire plus petit que celui des adultes.  Il est possible d’avoir de vrais enfants lecteurs et de vrais bibliothécaires qui encouragent ces enfants à la lecture, la vrai. Vous devez dire aux enfants, soyez encore plus rebelles, soyez des lecteurs subversifs et la bibliothèque va vous donner la clef pour le devenir. Nous allons vous apprendre à contester les règles. Vous les bibliothécaires, vous êtes les ordonnateurs de l’univers. Je vous souhaite bon courage dans cette lutte qui n’a pas de fin.

 Thierry B.

Publicités

Les commentaires sont fermés.