"L’école est finie" de Yves Grevet

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L’école est finie

Yves Grevet

Editions Syros – Collection Mini Syros

37 toutes petites pages pour réfléchir aux dérives de notre société, voilà un pari audacieux et remporté avec brio. Il faut dire que l’auteur nous a offert la magistrale trilogie de Méto et que l’anticipation est un genre où il excelle.

C’est l’histoire d’Albert, un écolier comme tant d’autres, appliqué et soucieux de réussir. Mais en 2028, l’école a bien changé. Elle pratique désormais deux régimes distincts et ceux dont les parents ne peuvent supporter les frais de l’école payante doivent, dès le CP, travailler en alternance pour les entreprises qui prennent en charge le coût de leur instruction. Les résultats sont récompensés par des bons d’achat et des tickets de réduction, les cours sont rythmés par les annonces publicitaires, double vitrage en hiver et volets roulants en été, qui sont aussi les textes des dictées et des évaluations de lecture à haute voix. Les cours sont construits autour des exercices pratiques qui préparent aux "heures de compensation", travail obligatoire sensé rembourser les entreprises bienfaitrices, et le contrat signé les engage pour 15 ans minimum. Destinés à rejoindre la masse laborieuse sans échappatoire, les enfants des entreprises sont mis à l’écart. Albert  dépend de Jardins et maisons, il deviendra jardinier ou vendeur, gagnera un pauvre salaire tout juste suffisant pour vivre, comme ses parents, travaille déjà dès 5 heures du matin pour faire des inventaires du matériel de bricolage, porte toute la semaine un tee shirt hideux au logo de l’enseigne. Pourtant, Albert n’est pas malheureux, parce qu’il partage ses jours de repos avec Lila. Mais Lila va disparaître. Ses parents, déjà conscients de la vacuité des programmes scolaires et révoltés de la voir exploitées par Speed Food, craignent maintenant pour sa santé. Ils ont décidé de l’envoyer dans une école du maquis, tenue par un réseau de bénévoles qui dispensent clandestinement des cours à l’ancienne, avec des livres. Mais échapper au système est un acte grave. Et Albert, élément jusqu’alors docile, va être amené à remettre ce système en question.

Raconté à la première personne, le quotidien de ce jeune garçon confirme les pires craintes de certains grincheux qui appellent à réfléchir. De petits détails glissés l’air de rien dans les dialogues, santé au rabais, retraite à 85 ans, travailleurs échangés ou revendus comme de simples marchandises, dessinent une toile sociale sinistre dans laquelle les enfants évoluent sans poser de questions et la démonstration, loin de toute explication laborieuse, se coule dans une fiction terriblement efficace. Les enfants rêvent souvent d’être débarrassés de toutes contraintes scolaires. Ces enfants voteront un jour, il faut l’espérer. Alors offrons-leur vite ce petit manuel de survie citoyenne.

Marie H.

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