« J’ai rendez-vous avec…Les éditions D’un Monde à l’Autre »

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Lecture jeunesse 83 : Bonjour Elisabeth Chabot, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions pour les Editions « D’un monde à l’autre« .

Elisabeth Chabot : Bonjour

Lj83 : Nous avons découvert « D’un monde à l’autre » grâce au site de l’AFPSSU (Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire).Comment est né le projet de cette maison d’édition ?

Elisabeth Chabot

E.C : Cette maison d’édition est née de la volonté d’Olivier Rabaland qui découvre simultanément en 2003 la paternité et le handicap mental. Il écrit un récit de vie sur la trisomie de son fils « Grandir dans un monde différent » et l’édite avec beaucoup de difficultés. En 2005 il décide d’imaginer une maison d’édition pour rendre plus accessible l’édition de textes sur la problématique du handicap. Il rassemble un comité de lecture et l’aventure commence. Parallèlement il fonde l’association « Grandir d’un monde à l’autre » en direction de tous les publics pour contribuer à changer le regard porté sur les personnes différentes. Cette association est structurée en 3 pôles. « Evènements-Information », « Actions culturelles » et « Éditions ».

Lj83 : L’association « Grandir d’un monde à l’autre » privilégie-t-elle un des trois pôles énoncés ?

E.C : Les 3 pôles sont imbriqués et se nourrissent mutuellement. Les publications sont utilisées dans le cadre des actions culturelles développées en milieu scolaire mais aussi pour servir de support dans le cadre d’événements. La maison d’édition est une petite structure qui repose sur le bénévolat et ne dispose de 2 salariés que depuis 2009.

Lj83 : Pouvez-vous nous éclairer sur le fonctionnement particulier des Editions « D’un monde à l’autre » ?

E.C : Les éditions fonctionnent sur le mode de l’autofinancement. Elles publient 2 à 3 titres par an pour un tirage qui n’excède pas, en moyenne, les 500 exemplaires par titre. Jusqu’à aujourd’hui nous diffusons et distribuons par nous-mêmes, mais cela pourrait changer dans un futur plus ou moins proche. Ce fonctionnement particulier n’enlève rien à la qualité du projet éditorial.

Lj83 : Comment sélectionnez-vous les titres que vous publiez ?

E.C : Nous recevons beaucoup de manuscrits et nous en présélectionnons environ 60 par an. Ensuite le comité de lecture trimestriel les analyse et fait des choix cruciaux. Le plus complexe est de délimiter le thème des différences. Un des critères est le lien entre différences et exclusion, voire discrimination. Nous retenons des textes qui mettent en perspective ces thématiques car notre projet associatif se développe aussi dans une démarche de lutte contre les discriminations. Dans la thématique des différences, la question du handicap est très importante pour nous, mais nous sommes attentifs à tous les projets

Chemin de fer Lulu l'échalas

Lj83 : Certains des auteurs déjà publiés chez vous, je pense à Ahmed Kalouaz notamment, sont connus dans le monde de la littérature de jeunesse, passez-vous des commandes ?

E.C : Non il n’y a jamais eu de commandes. Ahmed Kalouaz a envoyé le manuscrit de « Sortie de route » de manière spontanée. De même pour Francisco Arcis auteur de « Mon ami Lucien« . Pour le dernier ouvrage paru, les choses se sont passées différemment avec Frédéric Philibert.

Lj83 : Parlez-nous du petit dernier, justement,  » Mon petit frère de la lune » de Frédéric Philibert.

E.C : Il s’agit d’un album/DVD qui aborde le thème de l’autisme. Il a été construit en partenariat avec l’auteur Frédéric Philibert qui avait, depuis un moment, envie de créer un livre à partir de son court-métrage. Nous connaissions celui-ci et les divers prix qu’il a obtenus et nous lui avons demandé de créer l’album  éponyme. C’est la raison pour laquelle nous avons édité un livre-DVD car pour l’auteur et pour nous ils étaient indissociables.

Lj83 : Vous avez également des parutions qui découlent de projets avec les enfants, pouvez-vous nous en dire plus ?

E.C : Ces publications sont le fruit de projets développés dans le cadre du pôle « Actions culturelles ». Chaque année nous sommes sollicités pour développer des actions de sensibilisation aux différences dans les établissements scolaires. Une des formules que nous proposons aux enseignants, et qui s’adresse spécifiquement à des groupes mixtes d’élèves en situation de handicap et d’élèves dits valides, est la création  d’un livre qui viendra enrichir notre catalogue. Nous nous adressons, pour ces projets, à des écoles élémentaires et des collèges ayant des classes spécialisées. La finalité première est la rencontre, au travers d’une pratique artistique, entre élèves en situation de handicap et élèves dits valides. L’autre finalité est la publication de l’ouvrage qui permet une valorisation importante des travaux des élèves. Ces derniers sont fiers quand ils reçoivent leur livre à la fin de l’année. Ce type d’action peut encourager les élèves en situation de handicap dans leur démarche d’intégration et contribue aussi à développer chez les élèves dits valides un regard respectueux des différences.

Lj83 : Comme je vous le disais en début d’entretien, votre découverte s’est faite par hasard sur le site de l’AFPSSU, êtes-vous consciente du manque de lisibilité auprès des professionnels des bibliothèques et médiathèques ?

EC : Oui il est vrai que nous sommes faibles sur la stratégie, cela est dû à plusieurs facteurs mais nous avançons doucement. Nous avons de nouveaux partenaires dans la région de Nantes, nous avons le soutien des libraires qui deviennent prescripteurs. Au début ils acceptaient le dépôt-vente, aujourd’hui ils commandent, c’est mieux pour nous ! Nous avons également le relais de la presse lors des nouvelles parutions. Quand à la diffusion et la distribution les choses vont évoluer dans les années à venir.

Lj83 : Pour conclure, pouvez-vous nous dévoiler les projets futurs ?

EC : Nous avons un projet avec Christos sur la surdité qui devrait voir le jour à l’automne 2012 et 2 projets scolaires en partenariat avec le pôle « Actions culturelles »

Lj83 : Merci Elisabeth pour votre engagement, votre détermination, merci de vous être faite le porte-parole des éditions « D’un monde à l’autre » à qui nous souhaitons longue vie !!! Je vous laisse le mot de la fin.

EC : Merci Thierry d’avoir été curieux à  notre égard et bravo pour ce blog. Moi aussi, je souhaite une longue vie aux Editions d’un Monde à l’Autre car je pense que les livres constituent une bonne façon d’aller à la découverte de ce qui nous est inconnu (comme le handicap) et à la rencontre de l’Autre, différent et semblable à soi.

Merci aussi à l’AFPSSU de vous avoir parlé de nous. Vive les réseaux, vive les liens. C’est aussi le sens de notre projet d’ailleurs : créer du lien.

Bibliographie :

(Vous accédez aux liens internet en cliquant sur les titres et les noms des auteurs et illustrateurs !)

 Mon petit frère de la lune de Frédéric Philibert

Mon ami Lucien de Francisco Arcis

Amour, patates et rock’n’roll de Céline Lavignette-Ammoun

Le livre magique de Mona

Poésie d’un monde à l’autre collectif

La petite aile feuille morte/Le bonheur d’Emilie collectif

Sortie de route d’Ahmed Kalouaz

Lulu l’échalas de Jeanne Taboni Misérazzi

Le lion de Léonie de Aude Maurel

Cyan @ Volubilis d’Anne Poiré

La princesse  au camion jaune citron de Jeanne Taboni Misérazzi et Lucille Limont

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  1. Je vais regarder çà de plus près.
    Du fait d’un évènement majeur dans ma vie et qui a touché ma maman, je suis toujours très touchée par ces démarches de maison d’édition et d’acteurs du monde du livre qui s’impliquent dans une telle démarche et j’essaye à mon niveau de faire découvrir ces personnes et leurs travaux.
    Merci de cette nouvelle découverte,
    Stéphanie